16.04.2006
Web 2.0: c'est l'Internet qu'on réinvente!
Première chronique de Pierre Chappaz pour Libération.fr • Chaque semaine, le fondateur de Kelkoo et patron d'un futur moteur de recherche décryptera cette nouvelle frontière de l'Internet appelée 2.0 •

LIBERATION.FR : lundi 03 avril 2006 - 19:15
Pierre Chappaz, fondateur du site Kelkoo et ancien patron de Yahoo Europe, conseille désormais le principal fonds d'investissement Internet en Europe, le genevois Index Ventures. Parallèlement à une activité de «business angel» qui lui fait investir avec Marc Andreesen — le fondateur de Netscape — et Martin Varsavsky — le créateur de FON (réseau wifi mondial) — dans Netvibes, il prépare un tout nouveau moteur de recherche d'informations, Wikio, qui sera ouvert au public dans les prochaines semaines. Pierre Chappaz tiendra chaque semaine une chronique sur Libération.fr pour nous faire vivre, décrypter et commenter la nouvelle frontière de l'Internet. JHL
Quand «Libération» m'a proposé d'écrire une rubrique hebdomadaire, j'ai été partagé entre une foule de sentiments contradictoires. D'abord j'étais flatté, bien sûr. Ecrire pour le site de Libé! Mais serais-je capable d'écrire chaque semaine, moi qui n'écris que de courts billets sur mon blog? Et pourquoi moi? En retournant la question dans tous les sens, j'en suis arrivé à la conclusion suivante: ce qui intéresse certainement Libé dans ma chronique, c'est le point de vue d'un acteur passionné, qui a été au cœur de la première vague Internet, et qui s'efforce de comprendre la nouvelle vague, celle du Web 2.0, et d'y participer.
Justement, ce mot a fleuri un peu partout dans les derniers mois: Web 2.0.
L'univers de la technologie est friand de mots à la mode, et c'est vrai, l'appelation web 2.0 fait très tendance aujourd'hui; pas une start-up ou un nouveau projet qui ne s'en réclame. Mais au fond, que cache vraiment cette appellation? J'essayerai de vous le faire mieux comprendre toutes les semaines, à travers mon expérience, et au moyen d'exemples que je choisirai en fonction de l'actualité et de l'éclairage qu'il sera utile de donner sur tel ou tel aspect.
Le terme de Web 2.0 recouvre en fait plusieurs réalités: une nouvelle vague de création de sites Internet, des évolutions technologiques majeures, et un changement de comportement des utilisateurs qui, de simples lecteurs, deviennent producteurs d'informations.
Cercle vertueux
L'Internet connaît actuellement une vague de création de nouveaux services qui ne peut se comparer qu'à la période euphorique d'avant l'éclatement de la bulle en mars 2000. Le Web a connu une longue période d'hibernation après cette crise boursière, pendant laquelle plus aucune start-up ne trouvait le moindre financement pour démarrer. Mais l'usage du Net, lui, n'a fait qu'augmenter. Un cercle vertueux s'est enclenché, les sites Internet sont devenus rentables avec la croissance de leur nombre d'utilisateurs, de la publicité et du e-commerce...et la confiance est revenue. Les financiers sont prêts à soutenir de nouveaux projets, qui d'ailleurs ne réclament le plus souvent que des investissements modestes pour démarrer. Pour suivre cette nouvelle vague de création, rien de mieux que de lire Techcrunch. L'influence de ce site est déja telle qu'il peut quasiment faire et défaire la fortune des start-up qui y sont présentées.
Les nouveaux services web utilisent des technologies comme Ajax qui permet d'exécuter des applications à l'intérieur du navigateur (sans rechargement de pages, donc beaucoup plus rapides), et RSS (Real Simple Syndication) qui transforme les sites en émetteurs d'informations... un peu à la manière des radios! Nous reviendrons sur ces technologies dans de prochaines chroniques car elles ont des implications importantes pour des entreprises comme Microsoft qui voit son business de logiciels de bureau potentiellement menacé, mais aussi pour les sites médias qui doivent repenser la distribution de leurs contenus.
Spontanéité
Nouveaux services, nouvelles technologies, tout cela ne serait rien sans l'évolution du comportement des internautes qui deviennent des producteurs de contenus, à travers les blogs, et les plateformes de publication collective: Flickr ou Fotolia pour les photos (le second, créé par des français, est un site professionnel), YourTube et Dailymotion (un autre français) pour les vidéos, ou Digg pour les informations technologiques. Tous ces sites récents sont plébiscités par les utilisateurs qui publient, partagent, et accèdent aux données saisies par les autres. Cette participation active des internautes se traduit également par des systèmes de navigation basés sur les tags, des mots-clés qui servent de balises pour retrouver l'information, et qui sont souvent entrés par les utilisateurs eux-mêmes. La structure de navigation «2.0» est ainsi la plus proche possible de l'approche spontanée des internautes, par opposition à l'arborescence traditionnelle de haut en bas chère aux documentalistes. Tous les secteurs sont concernés par l'approche participative (de bas en haut) du Web 2.0, y compris le e-commerce où Edgeio, un système de «blogging structuré» qui pourrait bien causer du souci à eBay, sans oublier le tout nouveau service de recommandation de produits Zlio qui s'appuie lui aussi sur les blogs.
Une nouvelle vague
Car le rêve d'Internet, qui voulait que tout un chacun puisse s'exprimer, devient une réalité multiforme. Le phénomène blogs a rencontré une véritable attente du public: les blogs, des systèmes très simples de publication chronologiques conçus un peu à la manière des journaux, sont la partie émergée du Web 2.0, tellement visible qu'on peine à prendre la mesure réelle du phénomène! Un grand nombre de blogueurs sont des ados certes, mais pas seulement. Ce sont aussi des passionnés, des personnes très compétentes dans leur domaine, qui désirent échanger avec une communauté qui partage les mêmes centres d'intérêt. De cette masse émergeront quelques-uns des leaders de demain: c'est bien une nouvelle vague de medias qui est en train de naître. La circulation de l'information sur les blogs est instantanée mais n'est pas sans poser quelques questions quant à la fiabilité des informations qui sont ainsi reprises et véhiculées. La vérification des sources et les recoupements d'informations ne sont que rarement au niveau des medias traditionnels... Plus de spontanéité, et moins de fiabilité... Mais médias et blogs sont bien pourtant de la même famille, et la frontière entre eux est parfois poreuse: ne suis-je pas, moi qui suis un blogueur, donc un amateur, en train d'écrire un article dans Libé qui est un media professionnel?
Vendredi prochain, je vous expliquerai en quoi Google est un Yahoo! 2.0... les utilisateurs de Gmail le savent déjà, mais avez-vous vu le tout nouveau Google Finance?
Melle Laëtitia Driencourt
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