18.04.2006
Un éclaircissement pour toutes les question que vous vous posez
Web 2.0. Voila le terme à la mode, la promesse d’un nouveau web, d’une révolution comme d’une nouvelle version de l’internet.
Phénomène réel reposant sur un changement technologique et une rupture d’échelle liée la croissance du nombre d’utilisateurs ou récupération marketing de technologies anciennes rafraichies par un nouvel engouement public.
Le web 2.0 préfigure-t-il seulement une bulle 2.0 ?

Sommaire
1. Qu'est ce que le Web 2-0 ?
2. Le renouveau de l'interface web
3. Nouvelle interactivité, nouveaux usages
4. Frode Hegland : "Hyperwords va permettre de fouiller dans l’information"
1°) Qu'est ce que le Web 2-0 ?
Difficile de comprendre quel est ce web 2.0 dont tout le monde parle, tant les définitions semblent s’opposer. Comme le souligne l’animateur d’Homo-Numéricus : “On voit bien qu’il s’agit d’un même phénomène, mais aux multiples dimensions. Certains insistent sur la dimension technique, d’autre sur les pratiques éditoriales, d’autre encore sur la dimension sociologique.” D’un côté, il est vu comme le basculement des techniques vers des services, de l’autre il représente un nouveau réseau d’interaction sociale. Dans les deux cas pourtant, il replace l’utilisateur et ses relations avec les autres, plutôt qu’avec des contenus ou des machines, au centre de l’internet. Le web 2.0 est résolument relationnel.
L’éditeur Tim O’reilly rappelle certainement le mieux d’où vient la formule : à son origine, le terme “web 2.0″ capturait le sentiment commun selon lequel il se passait quelque chose de qualitativement différent sur le web d’aujourd’hui. Pour lui, comme pour l’ancien rédacteur en chef de Wired, Kevin Kelly, la clef du succès dans cette nouvelle étape de l’évolution du web réside dans l’intelligence collective. “Le web 2.0 repose sur un ensemble de modèles de conception : des systèmes architecturaux plus intelligents qui permettent aux gens de les utiliser, des modèles d’affaires légers qui rendent possible la syndication et la coopération des données et des services… Le web 2.0 c’est le moment où les gens réalisent que ce n’est pas le logiciel qui fait le web, mais les services !”
Vu par les techniciens de l’internet, le “nouveau” web a pour objectif de rendre les sites web compréhensibles par des machines via un ensemble de technologies (pour résumer, celles du web sémantique) qui permettent d’agréger ou de partager des services et des contenus, de refondre les interfaces, etc. Vu par les designers, le web 2.0 parle de l’amélioration de l’expérience utilisateur. Ainsi, pour Frédéric Cavazza, spécialiste d’utilisabilité et d’ergonomie, le web 2.0 combine, d’un côté, une amélioration des interfaces utilisateurs et de l’autre, des architectures plus flexibles, des protocoles de communication plus ouverts (web services), une interopérabilité plus poussée… Le web 2.0 repose sur une multitude de petites améliorations technologiques (la révolution AJAX, comme disait récemment encore Wired), ergonomiques (interfaces riches), sémantiques (micro-formats)… qui donnent des résultats d’une grande souplesse d’utilisation comme NetVibes par exemple, un agrégateur en ligne utilisant ces techniques.

A qui s’adresse en définitive le Web 2.0, se demande alors le consultant en “usabilité” Peter Merholz ? Aux ordinateurs, comme le clame Jeff Bezos d’Amazon, ou bien aux utilisateurs auxquels il confère un pouvoir nouveau ? Joshua Porter se range résolument du côté des utilisateurs : technologiquement, rien d’essentiel n’a changé sur l’internet depuis 10 ans. L’essence du “nouveau web” réside dans ce qu’en font aujourd’hui les gens. Pour lui, le web 2.0 c’est le partage de l’information, fondé sur des bases de données ouvertes qui permettent à d’autres utilisateurs de les employer.
Dannah Boyd, sociologue et chercheuse chez Yahoo!, s’intéresse moins à la distinction machines/humains qu’à la “glocalisation” : la glocalisation c’est quand un produit global est également adapté aux particularités locales, quand il restitue à la globalisation sa dimension sociale. En mettant en avant, par exemple, les Folksonomies qui permettent d’ajouter des mots clefs à des contenus, ou le rôle du remix, elle s’intéresse aux “nouvelles structures de réseau qui émergent des structures globales et locales”. Le web 2.0 donne aux gens la possibilité de trouver, organiser, partager et créer de l’information d’une manière à la fois personnelle et globalement accessible. Il est alors entendu comme une “variation structurale dans l’écoulement de l’information”.
Pour Ian Davis, enfin, le web 2.0 est une attitude, une philosophie d’ouverture sociale dont le but est d’abandonner le contrôle individuel sur les choses au profit de la participation du plus grand nombre.
Pour tous, le web 2.0 est une plate-forme d’innovation qui fait en quelque sorte du web un système d’exploitation. Richard Marcus, de Web 2.0 Explorer, met tout le monde d’accord : que ce soit celles des techniciens, des sociologues, des web designers, des philosophes, des éducateurs, des businessmen… toutes les définitions du web 2.0 comptent, comme le souligne aussi Richard MacManus qui en a répertorié beaucoup.

“Le web 2.0 est social, est ouvert (ou il le devrait), il vous laisse le contrôle de vos données, il mélange le global au local. Le web 2.0 correspond à de nouvelles interfaces - de nouvelles manières de rechercher et d’accéder au contenu. Le web 2.0 est une plateforme - et pas seulement pour que les développeurs créent des applications comme Gmail ou Flickr. Le web 2.0 est une plateforme prête à recevoir les éducateurs, les médias, la politique, les communautés, pour pratiquement chacun en fait ! […] Le web 2.0 c’est tout cela et ne laissez personne vous dire que c’est l’une ou l’autre de ces définitions. Le web 2.0 parle des personnes, quand le web descend à eux.”
Dans son excellent article “Web 2.0 : la puissance derrière le battage médiatique” (”Web 2.0 : The Power Behind the Hype”), le webdesigner Jared M. Spool va dans le même sens : le web 2.0 n’est pas une chose, mais une collection d’approches, qui toutes convergent sur un monde de nouveaux développements. Ces approches, y compris les API, RSS, Folksonomies, Réseaux sociaux…, proposent soudainement aux créateurs d’applications une nouvelle manière d’approcher des problèmes complexes avec des résultats étonnemment efficaces.
Le web 2.0 n’est pas une révolution technique accessible aux seuls développeurs. Il repose sur des outils simples d’utilisation centrés sur l’utilisateur. J’ajouterais même, sur l’utilisateur en réseau. Car cet individu n’est pas atomisé, mais bien relié aux communautés qui sont les siennes.
La souplesse du concept englobe un peu toutes les innovations actuelles du web en en régénérant l’attrait. Un peu comme les modernes chassent les modernes. Un peu comme l’internet nouvelle nouvelle génération chasse l’internet nouvelle génération, lui-même chassant l’internet… Tout en permettant à tous de coexister.
Dans ce nouveau départ, dans cette nouvelle vague de réappropriation du web, ne faut-il pas voir tout simplement que l’internet devient enfin un horizon où projeter ses attentes. Que le web devient non plus une aventure technologique, mais bien une aventure humaine.
2°) Le renouveau de l'interface web
Plusieurs initiatives ou technologies entendent modifier les interfaces web, pour les rendre plus riches, plus sophistiquées ou plus interactives. Un vent de renouveau sur les pages HTML ?
Certaines, comme AJAX, se fondent sur le rassemblement de technologies connues de longues dates ; d’autres apparaissent techniquement plus innovantes (Greasemonkey), tandis que d’autres encore sont au stade du concept. Mais toutes ont un objectif commun : l’enrichissement des pages web, sans obliger l’utilisateur à télécharger d’autres applications que son navigateur ni à installer de plug-in additionnel.
AJAX (Asynchronous JavaScript And XML) permet par exemple d’afficher des menus contextuels ou d’ajouter des effets visuels ou des modules interactifs à une page HTML que rien ne distingue d’une autre page, du point de vue de l’utilisateur. Ce dernier se contente, comme à l’accoutumée, d’appeler une page web via son navigateur.
AJAX est en particulier utilisé dans plusieurs des services lancés par Google, à commencer par Gmail et Google Maps, ou par Yahoo! (Yahoo Instant Search). L’outil permet également de développer des applications et services à part entière, qui reproduisent le fonctionnement de logiciels de bureau, mais accessibles sur le web. On peut ainsi citer, par exemple, Writely, un traitement de texte, Meebo , un service de messagerie instantanée, Zimbra , une suite applicative comprenant notamment un gestionnaire d’email sophistiqué, ou encore Netvibes, un agrégateur RSS réduit à sa plus simple expression.
Toutes ces applications fonctionnent au sein de la page web à partir de laquelle elles sont appelées, sans nécessiter de plug-in ou d’installation.

AJAX peut également servir à des applications professionnelles, comme le gestionnaire de catalogue IntuiCat, mis au point par la société Abaque. Une démonstration présente un catalogue interactif de pièces détachées automobiles. L’outil permet à l’utilisateur de naviguer au sein d’une vaste base de données, sans jamais charger de nouvelles pages web et en faisant apparaître sur la page des menus ou descriptions de produits, au fil de ses choix successifs. “Aujourd’hui, beaucoup de catalogues web présentent des difficultés de navigation, une interface utilisateur complexe et des temps de réponse longs. Face à une succession de pages disparates, le client a souvent du mal à se situer dans son parcours de recherche qui aboutit parfois à une impasse. Et si le catalogue en ligne devenait aussi convivial et rapide qu’une application locale ?”, argumente l’entreprise. Le concept “d’application locale” est en effet le maître-mot qui donne tout son intérêt à AJAX. Lorsqu’il appelle une page utilisant AJAX, l’utilisateur charge sans le savoir des scripts dont l’action ne se déclenchera qu’en fonction de ses interactions. Les scripts ayant été pré-chargés, ils n’entraînent pas de nouvelles requêtes et donnent une impression d’instantanéité, simulant l’utilisation d’une mini-application installée sur l’ordinateur de l’internaute.
Le principe est similaire pour Greasemonkey , une extension du navigateur Firefox. La technique permet au navigateur d’installer des scripts complémentaires aux pages web chargées par l’utilisateur. Mais contrairement à AJAX qui s’adresse aux développeurs de sites auxquels il permet de proposer des pages plus sophistiquées. Greasemonkey peut être utilisé par des tiers pour ajouter à un site des fonctionnalités non prévues à l’origine par son éditeur. On trouve ainsi une panoplie de plus de 150 scripts, destinés à enrichir le comportement des pages web, d’en modifier la présentation, ou d’en altérer le fonctionnement. L’utilisateur équipé d’un script Greasemonkey voit apparaître, sur tous les sites ou seulement ceux concernés par le script, des fonctionnalités nouvelles (menu, cadres se surimposant à la page). Ce n’est pas le site qui est modifié, mais son apparence telle qu’elle est perçue par l’utilisateur, dont le navigateur est en quelque sorte “augmenté” via Greasemonkey.

Par exemple, une application réputée, BookBurro (qui repose à la fois sur Greasemonkey et sur AJAX), offre ainsi la possibilité à l’internaute qui navigue sur le site Amazon de visualiser, dans une fenêtre supplémentaire, se surimposant aux pages de la boutique, un comparateur de prix relatifs aux produits dont il consulte les fiches. Comme on l’imagine, cette fenêtre et les informations qui s’y affichent, agrégées à partir de sites tiers, ne proviennent nullement d’Amazon.
Autre approche, plus ambitieuse mais encore en devenir, le concept “Information liquide” se propose d’aller plus loin, en généralisant le principe de l’hypertexte à tous les mots d’une page. “Le navigateur n’a pas suivi le rythme de l’évolution du web”, soutient Frode Hegland, qui introduit le projet Hyperwords comme une alternative au web d’aujourd’hui. Sur le web tel qu’on le connaît, les liens hypertexte sont placés de façon manuelle par le concepteur du site. Sur un web composé “d’hyper-mots”, tous les mots sont cliquables et les liens sont gérés dynamiquement. Comme le laisse entrevoir la démonstration de mise en oeuvre du principe d’information liquide, sur chaque mot d’une page, l’utilisateur se voit proposer un menu déroulant lui permettant d’accéder à des informations complémentaires, relatives à ce mot : sa traduction en d’autres langues, sa définition dans des dictionnaires ou encyclopédie, etc. L’utilisateur peut aussi surligner des passages de la page web, envoyer ce passage par email ou le bloguer en basculant d’un clic sur son blogiciel. Tout se passe comme si le contenu de la page web était subitement enrichi d’une multitude de fonctions, que l’internaute appelle d’un clic de souris.
Le principe poursuit la logique de choses existantes. On peut citer par exemple Alexandria , une initiative française qui permet à tous webmasters, via des scripts JavaScript, d’enrichir leur site web d’un dictionnaire. Une fois installé, le script permet à tout visiteur d’un site d’obtenir, en double-cliquant dessus, une définition de n’importe quel mot apparaissant sur la page.
3°) Nouvelle interactivité, nouveaux usages
L’aspect le plus visible de ce que permettent ces technologies réside dans leur côté immédiat et ludique, côté internaute. L’utilisateur habitué aux pages web classiques sera probablement surpris lors du chargement de sa première page développée sous AJAX ou tirant partie de Greasemonkey. Rapidité, nouvelle forme d’interactivité, nouveaux types de navigation revêtent probablement aux yeux de celui qui ignore tout du développement web un caractère “magique”.
Mais l’apport réel de ces techniques ne se limite pas à l’aspect cosmétique des pages, déjà bien amélioré par le développement des feuilles de style (CSS).
L’une des premières conséquences porte sur la manière de concevoir et de développer des sites web complexes. On avait coutume de penser que la richesse d’un site web se chiffre en fonction du nombre de pages qu’il contient. Comme le montre l’exemple du catalogue IntuiCat précédemment cité, on peut imaginer un site web très vaste, permettant des recherches avancées dans une grande quantité de contenu et se limitant pourtant à une seule “page web”. Ces techniques de développement conduisent donc à repenser non seulement l’ergonomie mais l’architecture des sites web. Et l’on peut imaginer que des CMS d’un genre nouveau, dans lesquels les pages web ne joueraient qu’un rôle limité, verront le jour, marquant un aboutissement dans la logique de publication dynamique. “Les principaux défis dans le développement d’applications AJAX ne sont pas techniques. Les technologies de base utilisées pour AJAX sont matures, stables et bien comprises. En revanche, les designers de ces applications doivent oublier ce qu’ils croyaient savoir des limitations imposées par le web et commencer à imaginer de nouvelles possibilités, plus vastes et plus riches”, expliquait en février 2005 Jesse James Garrett, cofondateur d’Adaptive Path, l’entreprise à qui l’on doit le nom AJAX. “On va bien s’amuser”, ajoutait-il.
Un pouvoir supplémentaire aux internautes
Une autre conséquence concerne, elle, les utilisateurs. Ces outils donnent également un pouvoir supplémentaire aux internautes et ce, parfois, au détriment des concepteurs-développeurs de sites web. Parmi la bibliothèque de scripts Greasemonkey, on trouve par exemple des utilitaires permettant de modifier les couleurs d’affichage, les polices ou le comportement des liens hypertexte d’une page. D’autres permettent d’enrichir la page d’informations contextuelles, par exemple de savoir sur une page donnée quels sont les blogs qui parlent de cette page. Plusieurs scripts offrent la possibilité de supprimer les publicités affichées sur le site, à commencer par les publicités textuelles Google AdSense. Mais un autre script se propose, au contraire, de rajouter des Google AdSense sur n’importe quel site, même si ce dernier n’en comporte pas à l’origine (dans le but de trouver des produits en rapport avec le contenu de la page visitée, mais aussi d’ennuyer ceux qui n’aiment pas Google…). Tout ou presque peut donc être envisagé, la seule limite étant l’imagination de la communauté des développeurs qui alimentent les librairies de scripts disponibles. Mais on peut d’ores et déjà facilement admettre qu’un utilisateur ayant téléchargé une demie-douzaine de scripts Greasemonkey verra une toute autre version d’un site web, tant sur la forme que sur le fond, que ce qu’avaient imaginé ses concepteurs.

A l’inverse, on peut arguer que ces nouvelles façons d’appréhender le web peuvent tendre à le rendre moins lisible pour l’utilisateur. Sur un web composé de pages HTML, même générées de façon dynamique et dotées d’adresses (URL) d’une longueur démesurée, l’utilisateur comprend facilement ce qu’il fait à chaque clic. Chaque page est indépendante, son adresse peut être mémorisée en signet, son contenu peut être stocké sur le disque dur de l’internaute, tandis que son code source peut être visualisé. C’est beaucoup moins vrai sur un web dont les pages ne font que servir de point d’entrée vers de véritables “boites noires” dont l’utilisateur ignore tout et ne voit que l’interface.
Du reste, on peut craindre aussi de perdre le caractère universel du web et des navigateurs : en se transformant en véritables applications en ligne, les pages web pourraient nécessiter un nouvel apprentissage sur chaque site ou presque.
Le web pourrait donc prendre un nouveau virage, marqué par une complexité certes accrue, mais sans doute très largement masquée pour l’internaute. Au final, et même si l’engouement suscité par ces méthodes peut faire craindre le développement d’applications et de services sans intérêt, prétexte à autant de démonstrations de savoir faire, l’internaute peut espérer (re)découvrir de nouvelles façon d’utiliser l’internet, parfois à la place des applications installées sur son ordinateur, tout en renouant avec des interfaces parfois plus limitées, mais aussi plus intuitives et, surtout, accessibles en permanence depuis n’importe quel ordinateur connecté, n’importe où dans le monde.
Plus simple, plus intuitif, plus instantané. Voilà qui parait une belle promesse pour un “Web 2.0″.
4°) Frode Hegland : "Hyperwords va permettre de fouiller dans l’information"
Frode Hegland est cofondateur et Directeur Technique du projet du recherche “Information Liquide“, mené au “University College London Interaction Center“, en partenariat avec Doug Engelbart (co-inventeur de la souris d’ordinateur et spécialiste des interactions homme-machine).
Le but du projet est “d’améliorer la façon dont les ordinateurs en réseau, pris collectivement, améliorent la résolution de problèmes”. “Nous partons du postulat qu’il ne faut pas nous interfacer avec des ordinateurs, mais avec de l’information et des gens, à travers les ordinateurs. Ces connexions - ou ce flux - entre les personnes, l’information et les outils doivent devenir plus liquides”, résument les auteurs.
Le projet a pour l’instant donné lieu à l’implémentation du principe d’Hyperwords : un système qui se rajoute à un site web existant et propose à l’utilisateur des informations complémentaires à celles des pages qu’il consulte, sous la forme de menus déroulants attachés à chacun des mots présents sur la page.
InternetActu.net : Jusqu’à présent quelles ont été les réactions, notamment des webmasters, au concept Hyperwords ?
Frode Hegland : Les réactions sont très bonnes. Les gens qui découvrent Hyperwords soulignent combien les sites web classiques semblent limités “à deux dimensions”.

InternetActu.net : Selon vous, quels genres de sites web seront (ou devraient être) les premiers à utiliser ce principe ?
Frode Hegland : Les sites d’information et les sites institutionnels, là où les visiteurs ne se satisferont pas de lire une histoire et de devoir accepter tel quel tout ce qui y est écrit. Hyperwords est conçu pour permettre de fouiller dans l’information. Nous pensons que l’information fournie par une bibliothèque, une base de données, ou même un journal ou un livre représente de la “connaissance ancienne”. Ce sont les connexions entre ces livres et les tables des bases de données ou d’autres éléments qui sont la “nouvelle connaissance”. C’est sur cet aspect que Hyperwords peut aider les utilisateurs à visualiser le contenu et à connecter les choses entre elles.
InternetActu.net : Mais pour que le concept se généralise, vous devez au préalable convaincre de gros sites de l’adopter. Etes vous en train de négocier avec des acteurs majeurs de l’internet pour qu’ils implémentent Hyperwords ?
Frode Hegland : Oui, nous sommes en cours de négociation. Je ne peux pas dire avec qui, mais ce sont de gros acteurs institutionnels anglais et américains. Les plates-formes de blogging sont également très importantes pour nous.
InternetActu.net : Hyperwords est actuellement décliné en deux versions, l’une gratuite pour un usage non commercial, l’autre sous la forme d’une licence payante. Comptez-vous créer une entreprise sur la base du concept d’information liquide ?
Frode Hegland : Oui. Nous ne pouvons pas rendre publics les détails sur ce point, mais nous pouvons déjà garantir qu’il existera toujours des versions libres et gratuites des systèmes Hyperwords, pour une utilisation non commerciale.
InternetActu.net : On voit actuellement de nombreuses initiatives qui visent à rendre le web plus interactif et plus riche. Au plan technique, on peut citer AJAX, Greasemonkey ou d’autres, et certains parlent de l’émergence d’un “web 2.0″. Vous inscrivez-vous dans cette dynamique ?
Frode Hegland : On pourrait dire que Hyperwords est une initiative “web 2.0″, même si je n’ai jamais utilisé cette expression jusqu’à présent. Hyperwords utilisera en partie l’approche AJAX mais son implémentation finale donnera lieu à une utilisation hybride de nombreuses technologies différentes.
InternetActu.net : Envisagez-vous de vous reposer, au moins en partie, sur la communauté des développeurs pour enrichir les menus contextuels de Hyperwords, selon un processus similaire à celui qui préside à l’évolution des scripts Greasemonkey ?
Frode Hegland : Non, par pour l’instant. Mais nous rendrons le code Open Source.
InternetActu.net : Dans un monde Hyperwords, le web devrait être plus riche, mais il serait aussi plus compliqué. Certains utilisateurs découvrent le web et le principe d’hypertexte et beaucoup d’entre eux ont probablement l’impression que cela fonctionne très bien comme cela. Quelles fonctionnalités ou usages convaincront les internautes d’adopter Hyperwords ?
Frode Hegland : Pour faire simple, je ne cherche pas à survendre Hyperwords aux nouveaux utilisateurs. Hyperwords se destine aux “travailleurs de la connaissance” (dont la définition est simplement quiconque se considère comme tel).
Cependant, la richesse d’une fonction ne se limite pas à son interface. L’interface devrait seulement révéler ce qui est utile à un moment donné, mais pas surcharger l’utilisateur. C’est la raison pour laquelle le menu est hiérarchique et ne se présente pas comme une longue liste. C’est aussi résumé par notre credo : “Simple et carré”. C’est le même principe que le langage humain : vous pouvez dire beaucoup de choses, mais vous n’avez pas besoin de penser à l’ensemble des phrases que vous prononcez. Les possibilités d’expression se développent au fur et à mesure où vous pensez.
Melle Laëtitia Driencourt,
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17.04.2006
Pourquoi avons-nous besoin d'un nouvel internet ?
Voilà près de 10 ans que l'internet que nous connaissons est apparu. En 10 ans, que c'est-il passé ? Pas grand chose ! Tout au plus les technologies sur lesquelles est fondé l'internet (HTML, JS, GIF...) ont-elles légèrement évoluées vers un cadre mieux défini, plus ouvert et plus standard (XHTML, CSS, DOM, PNG...).
Avouez-le, internet est en pleine crise de croissance. Il y a 5 ans il suffisait de porter son modèle économique en ligne pour affoler les investisseurs. Aujourd'hui la situation est beaucoup plus délicate car saturée. Est-ce que vous vous imagineriez allez voir votre banquier avec un projet de vente en ligne de livres, de CD, de vin ou encore un site d'enchères ? Il vous rigolerait au nez !
Après la maturation, le déclin
La situation est très simple : internet a atteint une phase de maturité. Les sites et services en ligne qui reposent sur le bon vieux HTML ne séduisent plus grand monde, à quelques exceptions près (souvenez vous qu'il existe déjà un Amazon, un eBay, un Dell...).
Et le danger est là : pas d'innovation = pas de séduction = pas de croissance = les chinois / indiens produisent la même chose pour 5 fois moins cher = destruction de valeur. Pour maintenir une croissance il faut un souffle nouveau, une expérience plus riche, des services plus performant. Et c'est là où le web 2.0 entre en scène.
[lire la suite de l'article]
Melle Laëtitia Driencourt
23:15 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
16.04.2006
Web 2.0: c'est l'Internet qu'on réinvente!
Première chronique de Pierre Chappaz pour Libération.fr • Chaque semaine, le fondateur de Kelkoo et patron d'un futur moteur de recherche décryptera cette nouvelle frontière de l'Internet appelée 2.0 •

LIBERATION.FR : lundi 03 avril 2006 - 19:15
Pierre Chappaz, fondateur du site Kelkoo et ancien patron de Yahoo Europe, conseille désormais le principal fonds d'investissement Internet en Europe, le genevois Index Ventures. Parallèlement à une activité de «business angel» qui lui fait investir avec Marc Andreesen — le fondateur de Netscape — et Martin Varsavsky — le créateur de FON (réseau wifi mondial) — dans Netvibes, il prépare un tout nouveau moteur de recherche d'informations, Wikio, qui sera ouvert au public dans les prochaines semaines. Pierre Chappaz tiendra chaque semaine une chronique sur Libération.fr pour nous faire vivre, décrypter et commenter la nouvelle frontière de l'Internet. JHL
Quand «Libération» m'a proposé d'écrire une rubrique hebdomadaire, j'ai été partagé entre une foule de sentiments contradictoires. D'abord j'étais flatté, bien sûr. Ecrire pour le site de Libé! Mais serais-je capable d'écrire chaque semaine, moi qui n'écris que de courts billets sur mon blog? Et pourquoi moi? En retournant la question dans tous les sens, j'en suis arrivé à la conclusion suivante: ce qui intéresse certainement Libé dans ma chronique, c'est le point de vue d'un acteur passionné, qui a été au cœur de la première vague Internet, et qui s'efforce de comprendre la nouvelle vague, celle du Web 2.0, et d'y participer.
Justement, ce mot a fleuri un peu partout dans les derniers mois: Web 2.0.
L'univers de la technologie est friand de mots à la mode, et c'est vrai, l'appelation web 2.0 fait très tendance aujourd'hui; pas une start-up ou un nouveau projet qui ne s'en réclame. Mais au fond, que cache vraiment cette appellation? J'essayerai de vous le faire mieux comprendre toutes les semaines, à travers mon expérience, et au moyen d'exemples que je choisirai en fonction de l'actualité et de l'éclairage qu'il sera utile de donner sur tel ou tel aspect.
Le terme de Web 2.0 recouvre en fait plusieurs réalités: une nouvelle vague de création de sites Internet, des évolutions technologiques majeures, et un changement de comportement des utilisateurs qui, de simples lecteurs, deviennent producteurs d'informations.
Cercle vertueux
L'Internet connaît actuellement une vague de création de nouveaux services qui ne peut se comparer qu'à la période euphorique d'avant l'éclatement de la bulle en mars 2000. Le Web a connu une longue période d'hibernation après cette crise boursière, pendant laquelle plus aucune start-up ne trouvait le moindre financement pour démarrer. Mais l'usage du Net, lui, n'a fait qu'augmenter. Un cercle vertueux s'est enclenché, les sites Internet sont devenus rentables avec la croissance de leur nombre d'utilisateurs, de la publicité et du e-commerce...et la confiance est revenue. Les financiers sont prêts à soutenir de nouveaux projets, qui d'ailleurs ne réclament le plus souvent que des investissements modestes pour démarrer. Pour suivre cette nouvelle vague de création, rien de mieux que de lire Techcrunch. L'influence de ce site est déja telle qu'il peut quasiment faire et défaire la fortune des start-up qui y sont présentées.
Les nouveaux services web utilisent des technologies comme Ajax qui permet d'exécuter des applications à l'intérieur du navigateur (sans rechargement de pages, donc beaucoup plus rapides), et RSS (Real Simple Syndication) qui transforme les sites en émetteurs d'informations... un peu à la manière des radios! Nous reviendrons sur ces technologies dans de prochaines chroniques car elles ont des implications importantes pour des entreprises comme Microsoft qui voit son business de logiciels de bureau potentiellement menacé, mais aussi pour les sites médias qui doivent repenser la distribution de leurs contenus.
Spontanéité
Nouveaux services, nouvelles technologies, tout cela ne serait rien sans l'évolution du comportement des internautes qui deviennent des producteurs de contenus, à travers les blogs, et les plateformes de publication collective: Flickr ou Fotolia pour les photos (le second, créé par des français, est un site professionnel), YourTube et Dailymotion (un autre français) pour les vidéos, ou Digg pour les informations technologiques. Tous ces sites récents sont plébiscités par les utilisateurs qui publient, partagent, et accèdent aux données saisies par les autres. Cette participation active des internautes se traduit également par des systèmes de navigation basés sur les tags, des mots-clés qui servent de balises pour retrouver l'information, et qui sont souvent entrés par les utilisateurs eux-mêmes. La structure de navigation «2.0» est ainsi la plus proche possible de l'approche spontanée des internautes, par opposition à l'arborescence traditionnelle de haut en bas chère aux documentalistes. Tous les secteurs sont concernés par l'approche participative (de bas en haut) du Web 2.0, y compris le e-commerce où Edgeio, un système de «blogging structuré» qui pourrait bien causer du souci à eBay, sans oublier le tout nouveau service de recommandation de produits Zlio qui s'appuie lui aussi sur les blogs.
Une nouvelle vague
Car le rêve d'Internet, qui voulait que tout un chacun puisse s'exprimer, devient une réalité multiforme. Le phénomène blogs a rencontré une véritable attente du public: les blogs, des systèmes très simples de publication chronologiques conçus un peu à la manière des journaux, sont la partie émergée du Web 2.0, tellement visible qu'on peine à prendre la mesure réelle du phénomène! Un grand nombre de blogueurs sont des ados certes, mais pas seulement. Ce sont aussi des passionnés, des personnes très compétentes dans leur domaine, qui désirent échanger avec une communauté qui partage les mêmes centres d'intérêt. De cette masse émergeront quelques-uns des leaders de demain: c'est bien une nouvelle vague de medias qui est en train de naître. La circulation de l'information sur les blogs est instantanée mais n'est pas sans poser quelques questions quant à la fiabilité des informations qui sont ainsi reprises et véhiculées. La vérification des sources et les recoupements d'informations ne sont que rarement au niveau des medias traditionnels... Plus de spontanéité, et moins de fiabilité... Mais médias et blogs sont bien pourtant de la même famille, et la frontière entre eux est parfois poreuse: ne suis-je pas, moi qui suis un blogueur, donc un amateur, en train d'écrire un article dans Libé qui est un media professionnel?
Vendredi prochain, je vous expliquerai en quoi Google est un Yahoo! 2.0... les utilisateurs de Gmail le savent déjà, mais avez-vous vu le tout nouveau Google Finance?
Melle Laëtitia Driencourt
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